Kusttram : le plus long tramway du monde est sur la côte belge

Le Kusttram (tramway de la côte) désigne la ligne de la côte belge, qui relie quasiment la frontière française à la frontière néerlandaise. Il s’agit du plus long itinéraire de tramway au monde ! Cette ligne record a un tracé en ligne droite suivant la mer du nord, et qui dessert l’intégralité la côte belge. Depuis la France, on peut traverser la frontière pour s’y rendre avec le réseau de bus urbains de Dunkerque. Les 67 kilomètres de ligne sont traversés en 2h20, soit autant de temps qu’un Paris – St Malo : mais avec cet article, vous saurez tout sur cette ligne sans avoir à l’emprunter de bout en bout.

67 km

Longueur totale de la ligne

67

Arrêts

2h20

Temps de trajet d’un bout à l’autre de la ligne

Ouverte en 1885 et électrifiée en 1908, la ligne de la côte belge est en quelque sorte le témoignage d’une époque où les réseaux de tramways inter-urbains étaient très développés en Europe. Ceux-ci ont été fermés un à un au profit de la voiture, avant d’être réintroduits dans les grandes villes comme modes de transports urbains. Son tronçon historique est situé entre Nieuport et Ostende, et la ligne a progressivement été étendue de la frontière française à la frontière néerlandaise.

Une rame CAF Urbos sur le parcours entre Midelkerke et Ostende

Aujourd’hui, il s’agit d’un mode de transport singulier avec des paysages magnifiques, fréquenté aussi bien par les nombreux touristes en été que les locaux. En fait, le mode “tram-train” apparaît particulièrement adapté pour la desserte de la côte belge : la tarification est lisible, la fréquence des départs est régulière, on peut donc se balader facilement et sans contrainte sur tout le front de mer.

Traversée de la frontière depuis Dunkerque

Il est donc possible de se rendre au terminus Ouest de la ligne de tram depuis Dunkerque en transports publics. À noter que l’ensemble des bus du réseau de Dunkerque sont gratuits tous les jours. Depuis la gare TGV/TER, il faut se rendre au fort des dunes à Leffrinckoucke avec la ligne C1 ou C2 qui ont toutes les deux pour terminus ce pôle d’échanges. Puis, y prendre une correspondance avec la ligne 20 qui traverse la frontière jusqu’à la Gare d’Adinkerque. Cette gare est aussi drôlement nommée “La Panne”, du nom de la ville côtière à l’ouest de la Belgique, qui s’appelait évidemment déjà ainsi avant d’être desservie par le tramway.

L’arrêt de bus Fort des Dunes, accessible depuis le centre-ville et la gare, et d’où part la ligne 20 pour la Belgique

La ligne 20 du DK’Bus nous dépose directement à l’arrêt de tramway belge. Nous voilà au terminus Ouest de la ligne de la côte belge (Adinkerke / La Panne) : on peut se procurer aux distributeurs un ticket de tram pour la journée au prix de 7,50€. Les départs ont lieu à peu près toutes les 10 à 20 minutes. Les tramways effectuent généralement l’itinéraire complet jusqu’à l’autre bout de la ligne à Knocke, bien qu’il existe certaines missions avec un terminus à Ostende.

Gare d’Adinkerke. Trois moyens de transport sont représentés à quelques quais d’intervalle : le train SNCB, avec les voies tout à gauche. Au milieu, la ligne de tram, et tout à droite, les arrêts de bus avec notre bus 20 qui vient d’arriver.

La gare d’Adinkerke “La Panne” est aussi reliée au réseau ferré SNCB. En fait, la ligne de la côte belge passe par cinq gares permettant une correspondance vers le réseau ferré belge, Ostende étant la plus importante, et avec des dessertes principalement en direction de Bruges.

Particularités

Sur les rames CAF, un carré de sièges passagers remplace la cabine arrière. La porte d’accès à l’arrière du tramway est d’ailleurs condamnée car certains quais sont trop courts pour recevoir toute la longueur de ces rames, il faut donc emprunter la porte suivante.

Quand on s’y installe, on remarque que le matériel roulant présente quelques spécificités propres à la ligne. Les quais y sont toujours situés à droite dans le sens de la marche, ce qui permet comme pour les bus de n’avoir qu’une série de portes sur la droite. Les terminus sont organisés avec des boucles de retournement. Concrètement, le tramway va toujours dans le même sens, il ne dispose donc que d’une seule cabine de conduite. À l’arrière, il est donc possible pour les passagers de s’installer sur les places les plus prisées, permettant d’avoir une vue sur les voies. Quelques tramways sont pelliculés avec des publicités, ce qui obstrue les vues sur le côté : dommage !

Une rame “BN” à Westduine un peu avant Blankenberge

Si la majorité des missions sont assurées par un matériel récent fourni par le constructeur espagnol CAF, on peut encore croiser sur la ligne quelques rames plus anciennes. Ces dernières sont toujours engagées ponctuellement pour faire face à l’affluence estivale.

Parcours le long de la côte belge

À “La Panne”, le tramway commence son trajet en passant près d’un parc d’attractions. Il se dirige vers la côte et on aperçoit rapidement la mer. Le tracé de la ligne lui fait parcourir l’ensemble des stations balnéaires belges, avec un arrêt toutes les deux minutes en moyenne.

Le tramway s’insère bien dans les différentes villes en alternant entre les dessertes urbaines dont les installations sont partagées avec le trafic urbain (mais le tramway dispose d’une priorité permise par la signalisation), et entre deux agglomérations, sur des sections en zone propre permettant d’aller jusqu’à 70 km/h.

Nieuport

À Nieuport, le tramway dévie un peu de son itinéraire pour contourner le port. On peut s’arrêter dans cette ville pour y déguster d’excellentes frites bien croustillantes à la brasserie Frietatelier Gaspard (arrêt Nieuwpoort Bad). Autre spécialité de la côte belge à tester, les croquettes aux crevettes.

Une barquette de frites fraîches chez Frietatelier Gaspard à Nieuport

L’intérêt de la ligne de la côte belge étant de pouvoir caboter d’une destination à une autre, de s’arrêter quelque part pour poursuivre son parcours avec un prochain tramway. La plupart des passagers à bord semblent effectuer des parcours assez courts. Le tramway permet aussi aux touristes de se répartir sur toute l’étendue des plages belges.

Middelkerke

Après Nieuport et un peu avant Ostende (c’est à dire sur le tronçon historique de la ligne), le tramway s’engage sur la partie la plus remarquable de son trajet, à Middelkerke. Dans l’ensemble, le tracé de la ligne ne la projette pas complètement sur le front de mer mais plutôt derrière des dunes ou des immeubles qui la séparent du rivage. Mais les 10km entre Middelkerke et Ostende sont une grande ligne droite où le tramway s’élance entre la mer et les dunes, fortifiées par endroits.

Sur la portion de ligne entre Middelkerke et Ostende. Sur la dune à droite, on peut apercevoir des fortifications et des canons datant de la 2nde guerre mondiale.

Les tramways atteignent alors leur vitesse maximale en laissant derrière eux un nuage de poussière. Les voies sont par endroit remplies de sable, ce qui nécessite un entretien plus soigné de cette partie de ligne.

Les arrêts Raversijde entre Middelkerke et Ostende donnent directement sur la plage

Les passagers peuvent profiter d’une vue avec des étendues de plage, et trouver facilement de la place pour s’y installer en descendant : il y a de l’espace ! Les arrêts sur cette portion de ligne donnent l’impression de s’arrêter les pieds dans l’eau.

Ostende

Départ d’un Intercités vers Bruxelles, à la gare d’Ostende

En continuant, on arrive à Ostende qui est située au cœur de la ligne de la côte. Le Kusttram y effectue plusieurs arrêts, et notamment à la gare. Il est en correspondance directe avec les trains de la SNCB, lesquels sont souvent bondés en été. Les trains vers Bruges et Bruxelles sont fréquents, des tarifs attractifs sont souvent proposés et la côte est une destination privilégiée pour les belges. Il existe aussi des trains vers Courtrai, d’où une correspondance en TER pour Lille est possible.

C’est aussi à Ostende que se situe le principal dépôt des tramways de la côte. La ligne est exploitée par De Lijn, la régie flamande des transports publics qui exploite aussi les bus de la région et d’autres réseaux de tramways (Anvers et Gand, un prêt de rames étant parfois opéré pour renforcer le parc du tramway de la côte l’été).

À l’Est : Blankenberge, Zeebruges

Passé Ostende, le tramway de la côte continue son itinéraire desservant les stations balnéaires. On y passe notamment à Blankenberge avec sa gare-hôtel (le mercure est installé juste au-dessus de la gare).

Ensuite, le Kusttram passe par le port de Zeebruges : le paysage côtier et de stations balnéaires laisse place à un environnement plus industriel. Le port est un terminal important pour les marchandises, on croise donc dans le secteur beaucoup de camions avec leurs containers. Des services pour les passagers y sont également assurés avec quelques ferries pour l’Angleterre, et un terminal de croisières. Des compagnies comme MSC et Costa y effectuent des escales et proposent des excursions en Belgique, bien que la ligne de la côte belge qui s’arrête au pied du port soit déjà une belle idée d’activité.

Passage alternatif lorsque l’écluse Pierre-Vandamme est ouverte côté mer

Dans ce paysage, le tramway doit se frayer un chemin à travers le trafic routier et portuaire. À un moment, cela implique pour le Kusttram de passer sur un pont mobile permettant l’accès des bateaux à une écluse : lorsque le pont mobile est ouvert, un itinéraire alternatif est alors emprunté. Le tramway n’attend pas et emprunte un deuxième pont situé de l’autre côté de l’écluse.

Knocke

Une rame BN s’apprête à partir de Knocke pour Ostende

La station balnéaire de Knocke est le terminus Est de la ligne. Les tramways y déposent leurs passagers, puis peuvent retourner vers Ostende et La Panne en effectuant un demi-tour. La station de tramway est située à proximité de la gare. Et un peu plus au nord-est, la frontière avec les Pays-Bas est à une dizaine de kilomètres…

Pour aller encore plus loin…

23 minutes de traversée sur le Westerschelde Ferry entre Breskens et Flessingue

Dans le même style que la traversée de la frontière en bus depuis Dunkerque jusqu’à La Panne, pour continuer vers les Pays-Bas en transports publics, on peut toujours récupérer au sud de Knocke la ligne de bus 42 qui va de Bruges à Breskens aux Pays-Bas. C’est depuis cette ville qu’un ferry traversier permet de relier le nord des Pays-Bas, avec la gare de Flessingue juste en face du terminal de ferry de l’autre côté de la rive (départs vers Rotterdam, Harlem…).

À savoir que toute la ligne de la côte belge, et même les frontières évoquées en France et aux Pays-Bas, sont parcourues par des pistes cyclables et des sentiers de randonnée.

En conclusion

Une rame CAF Urbos au terminus Knocke

Au-delà du côté “record”, le Kusttram offre à la côte belge une desserte attractive en transports publics, qui permet de profiter de l’ensemble du front de mer avec un mode de transport régulier et pratique. Ce tram-train que l’on peut parcourir sur de plus ou moins longues distances permet de circuler facilement au gré des attractions repérées, de la fréquentation, de la météo, et de ses envies de la journée. Le tout en récupérant un train dans l’une des gares en correspondance pour son retour. Le tram atteint presque les frontières françaises et néerlandaises, au prix de quelques correspondances astucieuses mais plus compliquées permettant comme nous l’avons vu de les franchir.

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