En Juin, j’ai eu l’occasion de voyager de Rome à Palerme dans un moyen de transport assez incroyable. Palerme est la capitale de la Sicile, l’Île située tout au bout de la “botte” de l’Italie continentale. Relier les deux villes implique forcément un passage en avion ou en bateau puisque aucun pont ne permet de faire la liaison, bien qu’un projet ait déjà existé.

Il existe une desserte en avion, en ferry depuis plusieurs ports, mais également directement en train : le voyage dure environ 13h et se fait de jour comme de nuit. La liaison de bout en bout en train de nuit présente l’avantage de faire passer ce long trajet plus rapidement. Particularité : arrivé à Villa San Giovanni à l’extrémité de l’Italie continentale, le train embarque sur un bateau pour une courte traversée afin de regagner le port de Messine, à l’autre bout du détroit, en Sicile.

Le train longe la côte jusqu’à arriver au détroit de Messine, où il prend le bateau pour effectuer la traversée et continuer sa route

Depuis Rome ce jour là, deux départs en soirée permettent de se réveiller en Sicile. Un à 21h31 avec pour terminus Siracuse au sud-est de l’Île, et un autre à 23h00 avec pour destinations Siracuse et Palerme, le train se séparant en deux parties à Messine.

En gare de Roma-Termini, petit “aperitivo” avant de prendre le train. Une enseigne, située au dernier étage de la gare (Terrazza Termini), propose cette formule de buffet d’entrées à volonté pour l’achat d’une boisson. Avec en prime une vue sympathique sur les trains.

Les voies des trains sont affichées en avance. Il est ainsi possible de savoir que les deux intercités de nuit pour la Sicile partiront de la voie 13. Celui de 21h31 est à quai environ 1 heure avant.

Sur le quai, beaucoup de passagers et de valises, pour un train qui semble bien rempli. Le départ est effectué à l’heure et libère la voie pour le train suivant.

Un train Italo de NTV arrive voie 12

C’est l’occasion d’observer le ballet des trains qui arrivent et qui repartent en sens inverse, la gare de Rome étant une gare “butoir”. Ainsi, un train en provenance de Milan et à destination de Naples devra changer de direction si il dessert Roma Termini : pour les passagers, difficile de prévoir d’être dans le sens de la marche pendant tout le trajet.

Voyage en train de nuit

Sur la voie 13, progressivement, les passagers du train ICN 1959 (23h00) arrivent. Vers 22h45, soit 15 minutes avant le départ, la rame est enfin mise en place.

Le train est composé de voitures de première et seconde classe. En seconde classe, il s’agit de compartiments 6 lits avec 3 sièges de chaque côté en vis-à-vis, classique pour les trains de nuit, et qu’on retrouve dans les couchettes 2nde des trains Corail en France.

En première classe, il s’agit de cabines 1, 2 ou 3 lits superposés seulement (les lits sont déployés en fonction du nombre d’occupants). En face des lits, un mur avec miroir, lavabo, et une porte qui donne sur le compartiment d’à côté et qui peut être ouverte en cas d’occupation par un groupe. Dans ce train, il n’y a pas de douche, ce qui est dommage. Certains IntercityNotte proposent en revanche des cabines “excelsior” avec cette option.

La photo de la cabine avec les lits ci-dessus a été prise à l’arrivée

Ce n’est pas le grand luxe, mais la cabine, déjà prête, est confortable et plutôt fonctionnelle. Il est possible de convertir le lit du bas en banquettes pour un trajet de jour.

En première classe, un agent de bord (employé prestataire, avec un uniforme de l’entreprise manutencoop) est dédié à chaque voiture. Celui-ci, en voiture 7, passe vérifier les pièces d’identité et s’assurer que les passagers sont bien à leur place.

Les trains régionaux qui partent des voies en face, pour un trajet d’une petite heure en général, contrastent avec l’IntercityNotte qui s’apprête à parcourir plus de la moitié du pays en 13h. Après un embarquement rapide et plutôt agité, le départ se fait à l’heure. Le train est direct jusqu’à Villa San Giovanni (arrivée prévue le matin à 6h10) ce qui est plutôt confortable. L’agent de bord vient remettre des bouteilles d’eau et des kits de bienvenue (articles de toilettes, chaussons, masque de sommeil…).

Le voyage est plutôt calme, même si les voisins anglais du compartiment d’en face, qui vont également jusqu’à Palerme, perdent leur sommeil à chaque fois que le train s’arrête, ce qui arrive pour des raisons de service ou de circulation de temps en temps au cours du trajet. Malheureusement même avec la porte fermée, on entend facilement les conversations d’un compartiment à l’autre.

La traversée en bateau

Photo prise depuis la cabine lors de l’entrée dans le ferry

Le matin au lever du soleil, le train s’arrête en gare de Villa San Giovanni. Il continue un peu sa route puis rebrousse chemin dans le sens inverse, pour rentrer lentement dans le bateau.

En haut à droite, Villa San Giovanni. Puis nous rejoignons Messine (en bas à gauche) en 20 minutes de bateau.

La traversée dure environ 20 minutes. Mais le temps d’embarquement et de débarquement du bateau ainsi que la séparation des deux trains (Siracuse ou Palerme) rallongent le temps de parcours. Pour une arrivée à 6h10 à Villa San Giovanni, le départ de Messine se fait à 8h40.

Le train est garé en plusieurs parties à bord du ferry traversier. Pendant le trajet, il est possible de rester dans sa cabine, ou bien de se déplacer à bord du ferry. Je prends les escaliers pour rejoindre le pont.

Je suis assez surpris du peu de procédures, consignes, annonces, à l’occasion de cette traversée assez particulière. A vrai dire, il y a toute une logistique complexe qui est mise en place sans que le passager n’ait rien à faire. Il est possible de circuler librement dans le bateau et près des voitures, continuer sa nuit, monter et descendre sans avoir à repasser de contrôle…

A bord, il y a beaucoup de places assises. Le ferry fait partie des nombreux bateaux qui traversent le détroit de Messine, celui-ci est accessible aux passagers piétons et aux trains.

Peu de passagers à l’intérieur. Il ne doit y avoir que les passagers du train, dont une partie doit être restée dans les cabines. Il y a un espace restauration, fermé à cette heure, et des machines à café qui ne fonctionnent pas. Pour le petit-déjeuner, il faudra attendre.

En sortant, il est possible d’apprécier la vue et le grand air. Le matin, c’est très agréable.

On aperçoit les voitures du train qui sont stationnées dans la cale. Il y a encore de la place pour un autre train.

Beaucoup de ferries traversiers font la liaison. Le bateau rentre peu à peu dans le port de Messine et on aperçoit la ville.

A l’entrée du port, la statue de la Madonne et l’inscription “Vos et ipsam civitatem benedicimus” (nous vous bénissons vous et cette ville).

D’autres bateaux sont stationnés dans le port. Les ferries traversiers qui transbordent les trains sont affrétés par le gestionnaire du réseau ferré italien, l’entreprise Rete Ferroviaria Italiana, l’équivalent de SNCF Réseau. L’appartenance de ces bateaux au réseau ferré traduit bien la continuité de parcours voulue entre les deux côtes !

Fin du trajet, en Sicile

La livrée des voitures du train n’est pas toujours la même. Ici, en bleu / vert, tandis que d’autres plus sombres sont aussi rattachées

Après être remonté dans le train avant l’accostage, il est possible d’en ressortir quelques minutes plus tard en gare de Messine, où un long arrêt est prévu. En réalité, le train est en avance sur l’horaire, il est à quai à 7h45 au lieu de 8h05, et le départ pour Palerme est prévu à 8h40.

J’ai lu que le train était souvent en retard, à cause du passage en bateau. A la moindre complication, cela peut effectivement avoir des conséquences. Mais dans mon cas, il y avait une bonne marge de prévue qui a largement suffi pour l’opération.

J’ai donc le temps d’aller prendre un petit-déjeuner dans le buffet de la gare. A cette heure un lundi matin, elle est plutôt vide. Le train repart à l’heure. L’ambiance est particulière, car il reste plus de 3h de trajet de jour pour atteindre Palerme, le terminus.

Le train remonte la Sicile et longe les côtes nord. Depuis Rome, et malgré la traversée en bateau, le sens de la marche n’a pas changé.

Dans le train il n’y a pas de voiture de restauration, mais l’agent de bord vient apporter un petit déjeuner, compris dans le service en 1ère, avec un expresso et une brioche par personne. L’expresso est très bon.

On peut voir la mer sur la droite. Différentes gares sont desservies, avec quelques descentes à chaque fois, et peu de montées. Une famille qui fait le cabotage entre Milazzo et Barcellona et en profite pour visiter la rame. Il y a également un chef de train trenitalia qui passe dans les voitures. Les portes des compartiments s’ouvrent peu à peu et le train reprend vie.

Cette partie du trajet est très agréable, il est possible de profiter de sa cabine pour voyager allongé, et se réveiller tranquillement en regardant le paysage.

L’agent de bord vient nous prévenir que nous allons bientôt arriver à Palerme, en avance d’environ un quart d’heure par rapport à l’heure prévue (11h57). Les dessertes ne sont pas annoncées dans la sono du train mais directement aux passagers.

Nous arrivons donc à Palerme en avance, après un trajet de près de 13h. Pour cette même liaison, l’avion met 1h de vol, même si il faut compter le temps de transfert important entre le centre-ville et l’aéroport à Rome comme à Palerme. L’avantage du train est de pouvoir passer la nuit dedans.

Pour ma part, le voyage n’a pas été très reposant car je me suis levé dès 6h. L’expérience est quand même mémorable car il s’agit d’un long trajet en train la nuit d’abord, puis toute la matinée. Sans oublier la traversée en bateau qui le rend unique.

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